Dans Zanaka, Lova Nantenaina interpelle : « voilà ce qu’ont vécu nos aïeux,qu’est-ce qu’on a fait de cette liberté acquise aujourd’hui ? »

On connait Nantenaina Lova pour son long métrage « Ady Gasy», un documentaire dans lequel le réalisateur porte un regard bienveillant sursa terre natale et sur ses compatriotes. Dans ses œuvres, Lova met l’homme aucentre de son discours.

Dans son dernier film « Zanaka, ainsi parlait Félix », son 7eoeuvre, Nantenaina Lova confirme son attachement à sa patrie et son histoire. Des questions surgissent ainsi au vu de ce qui se passe actuellement. La confrontation entre une mondialisation envahissante et un patriotisme latent le pousse à puiser dans ses repères : l’histoire, avec comme point focal, la vie d’un certain Félix Robson. Nous avons posé quelques questions à Nantenaina Lova pour en savoir plus sur ce film.

D’où vient ce film et pourquoi avez-vous voulu revenir sur les événements de 1947 ?

Depuis 2011, on a tourné le témoignage de Félix Robson sur les événements de 1947. On lui a posé des questions sur ce qu’il a fait à l’époque et sur ce qu’il a vécu. Il y a eu quatre étapes de tournage avec lui et sa famille de 2011 jusqu’en 2013.

Comme on a travaillé sur d’autres projets de films, on a laissé un peu de côté les tournages jusqu’au jour où on m’a informé qu’il était mort. Le film n’était pourtant pas fini. La plupart des nationalistes de sa génération sont partis avec leurs témoignages sans qu’on puisse restituer leur précieuse histoire. J’avais pourtant prévu de tourner encore quelques séquences sur sa vie à Manakara. Un grand regret pour moi de ne pas pouvoir lui montrer le fruit de ce travail qu’on a réfléchi ensemble.

Entre-temps, j’ai voulu comprendre ce que la jeune génération pensait de cette lutte nationaliste de 1947. 70 ans après, je me suis rendu compte que les jeunes ne faisaient plus le lien entre ce qui s’est passé et les luttes actuelles qu’il faut mener.

Je ne parle pas des engagements politiques mais les actionscitoyennes sur la protection de l’environnement, de nos ressources et del’avenir du pays. Tout se passe comme si on avait mis au musée cette histoire qu’on qualifie de « Tabataba » et de lutte lointaine de nos ancêtres. Pourtant,cela a permis le retour de notre indépendance, de notre liberté. L’intention dufilm est aussi de poser la question : « voilà ce qu’ont vécu nos aïeux,qu’est-ce qu’on a fait de cette liberté acquise aujourd’hui ? »

Pourquoi un court ?

Souvent, on ne choisit pas la longueur d’un film, c’est l’histoire qui définit sa propre longueur. Le court permet aussi de mettre en valeur un témoignage sur cette période de manière efficace.

Comment ce film a-t-il été réalisé ?

Autantik Films et Endemika Films se sont mis à l’œuvre dans la production. Authentik Films est une association qui œuvre pour la promotion des cultures de l’Océan Indien en mettant en valeur nos histoires et nos imaginaires. Elle m’a soutenu dans la production de mon film « Ady Gasy ». Le film a été tourné à Antananarivo et à Manakara, sur la ligne du train.

De l’idée du film à aujourd’hui, cela m’a pris au moins sept ans pour aboutir à ce résultat. Mais on n’y a pas travaillé tout le temps non plus. Quand on a trouvé le fil rouge narratif, tout est allé très vite.

Pour l’instant, on va miser sur les festivals, on verra après la diffusion cinéma et/ou télévision. C’est après tout cela qu’on va le mettre sur un plateforme VOD.