Hotsaka, un hommage vivant à J-J. Rabearivelo par Johary Ravaloson

Johary Ravaloson et l’édition Dodo Vole sont de passage à Madagascar pour le lancement de Hotsaka, son dernier roman en terre malgache. Ce livre est l’œuvre traduite de L’Oragé de Douna Loup sur la vie de J-J. Rabearivelo, paru en 2015.

Hotsaka, le nouveau roman traduit par Johary Ravaloson.

80 ans après sa mort, Rabearivelo a encore des secrets à dévoiler aux malgaches. Le poète, icône de la littérature malgache, ne cesse d’enchanter par ses écrits, certes, mais aussi par sa vie intime rocambolesque, devenue aussi un objet de fascination. Hormis des recherches littéraires qui tournent autour de ses œuvres, l’homme de lettres est aussi un mystérieux personnage. Et au-delà de sa biographie officielle, sa vie amoureuse, surtout sa relation avec Esther Razanadrasoa, est aussi l’un de ces secrets qui marquent sa jeunesse.

Car si l’histoire de vie de J-J. Rabearivelo est toujours associée à sa dépression et à son suicide, sa vivacité et sa jeunesse fougueuse sont presque inconnues du public. Ce mystère, Douna Loup l’a percé et l’a dévoilé dans son livre  L’Oragé  chez l’éditeur Mercure de France, en 2015, l’édition qui publia des extraits de ses Calepins Bleus en 1938. La poétesse, mais aussi romancière suisse, a donc tiré son histoire des restes des journaux intimes du poète, écrits entre 1934 et sa date de disparition, le 22 juin 1937. Car comme on le sait, Rabearivelo a volontairement brûlé ses journaux qui contenaient ses pensées et ses œuvres avant 1934.

C’est cette histoire que Johary Ravaloson a traduit dans Hotsaka, un nouveau roman paru chez Dodo Volo, fin 2017.

L’Oragé, un roman poétique.

L’Oragé est donc un roman. L’histoire relate la rencontre de J-J. Rabearivelo avec Esther Razanadrasoa, la première écrivaine malgache à être éditée. Rabearivelo, après avoir été renvoyé de l’école, commença à s’intéresser à la littérature, à la poésie. L’histoire se passe dans les années 1920. Madagascar était sous la colonisation française. La première guerre venait de se terminer. Ce fut aussi une période faste pour la littérature malgache. Tous ces événements sont mis en évidence par l’auteure du livre.

Rabearivelo alimentait une admiration démesurée pour l’écrivaine Esther, son aînée de 11 ans. Celle-ci l’a pris sous ses ailes et l’a poussé à écrire, et a fait paraître ses écrits. Il est resté couvé par elle jusqu’à son envol. La relation professionnelle se transforma alors en relation amoureuse. Les deux amants jouissaient d’une idylle passionnelle et charnelle jusqu’à la satisfaction totale, à être un Oragé.

À travers un roman d’amour poétique, Douna Loup apporte à son lectorat une autre facette de cet homme de lettres et de cette femme chérie par toute une nation. Cette facette est plus joyeuse et très vivante.

Hotsaka, un roman sensuel.

À la sortie du roman de Douna Loup, Johary Ravaloson était jalousement admiratif du travail fait. Il s’est approprié le livre. Il a appris à apprivoiser le style d’écriture que Douna utilisait dans ce roman. Ce style est rythmé comme de la poésie avec un registre qui malmène la langue française.

Dès la première lecture donc, l’envie de traduire le livre en malgache naquit chez l’auteur. Il a alors entamé ses travaux de traduction et les demandes d’autorisation diverses. C’est à ces moments d’imprégnation que le titre Hotsaka lui est venu. Il éprouvait une satisfaction à la lecture du roman. Il était sensible à la sensualité reflétée dans l’histoire. Il a voulu transmettre cet immense plaisir à son lectorat, comme Douna a su lui transmettre cette sensation.

Johary voulait donc rendre ce livre sur Rabearivelo accessible aux lecteurs malgaches et malgachophones. Car parmi les publications précédentes par et sur J-J.R., et surtout celle de 2011 sur ses œuvres complètes, aucune ne retrace ses débuts dans la littérature. Ainsi, Johary a souhaité restituer cette partie de la vie du poète.

Pour Johary, le style que Douna Loup a adopté est la preuve qu’elle est une grande écrivaine. Douna Loup a su faire transparaître, dans son style, le fait que le roman est à la fois écrit par une poétesse et que le personnage principal de l’histoire est un poète.

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Dans Hotsaka donc, Johary a tout respecté de cette finesse de l’écriture. Sa traduction se veut également respectueuse de la narration de L’Oragé ; ce qui fait que chaque élément d’une page de la traduction faite par Johary correspond exactement à la même page dans L’Oragé de Douna Loup. Ceci a aussi été possible grâce aux travaux linguistiques menés chez l’éditeur du livre, Dodo Vole, qui estime que la langue malgache est suffisamment fournie pour traduire une œuvre d’envergure telle que L’Oragé. C’est également pour montrer que la littérature s’invente et évolue. La traduction d’une œuvre hors des classiques littéraires français sert aussi d’alibi à notre traducteur pour sortir des chemins battus.