Momo Jaomanonga, la voix du nord qui prêche le développement dans ses textes poétiques

Momo Jaomanonga est un jeune homme  de 25 ans, amoureux des mots et des rimes. C’est à travers la poésie qu’il dénonce les maux de notre société mais surtout prêche l’espoir. Une lueur d’optimisme qu’il veut partager avec son public. Entretien.

C261 – : D’où viens-tu ?

Momo ° : Mon côté paternel vient d’Ambodifinesy et ma mère vient de Beangona. Ce sont deux des petits villages de la région d’Andoharano du District d’Ambanja, autrement dit, Sambirano. Mais moi, je suis né et ai grandi à Ambanja, jusqu’à l’obtention de mon bac. Et après avoir fréquenté l’Université d’Antananarivo, j’ai reçu une bourse d’étude dans la filière « science juridique » de la part de l’agence marocaine de coopération internationale. Je vis donc en ce moment au Maroc, à Marrakech.

Donc, mon vrai nom, c’est Fabio Tinogny, mais on m’a surnommé Momo depuis l’enfance. Ce n’est qu’il y a quelque temps que mon parrain artistique, Berikely, m’a expliqué que Momo, c’est la contraction de Mots + Mots et ce n’est pas un hasard, dit-il. Ce raisonnement semble, en fait, être vrai. Quant à Jaomanonga : Jao signifie un homme fort, un combattant, qui ne recule jamais face à l’adversité dans la vie, et Manonga signifie « évoluer », en dialecte du nord de la grande île.

Le fait que je viens de la brousse lointaine n’a jamais été un obstacle pour moi afin d’atteindre mon but, et je crois que j’y arriverai un jour. De plus, Sambirano, d’où je viens, s’appelle aussi Sambirano Manonga Laza. Donc, c’est un pseudonyme donné par des proches et par moi-même ; un nom qui forge ma personnalité et montre un petit reflet de ma vie. Ainsi, tout ce que je prône dans mes écrits, c’est que notre pays et son peuple soient « Manonga », c’est-à-dire « développés ». Ainsi, à travers mes écrits, je prône des idées qui vont dans le sens du « Manonga », pour que Madagascar et son peuple soient développés.

– Est-ce que tu es un poète engagé ?

° Tout d’abord, depuis que j’ai commencé à écrire des textes, à l’âge de 10 ans, je me considère comme un apprenti-poète. À vrai dire, je ne sais pas si je mérite d’être appelé poète mais on me dit souvent que je le suis. Pourtant, je vois qu’il me faut encore fournir beaucoup d’efforts pour être à un niveau réputé. J’avoue que je n’adhère encore à aucune association de poètes. J’en avais eu l’intention et l’envie quand j’étais à Antananarivo, en 2011, mais indirectement, on m’a refusé l’adhésion en me disant de patienter encore un peu. À cette époque, je voulais même tout abandonner mais après, je me suis ressaisi et j’ai fait des efforts. C’était, pour moi, un défi à relever pour honorer la partie nord et faire connaître au monde que nous aussi, nous avons nos richesses culturelles.

Ceci dit, mes buts et engagements sont de collaborer avec les gardiens de la tradition, de faire revivre le pur dialecte du nord qui a commencé à disparaître petit à petit avec la mondialisation et les tendances modernes. Et bien sûr, c’est aussi de transmettre des messages et une nouvelle manière de voir mais à la façon pure, naturelle et locale.

En effet, quand j’écris, ce n’est pas du tout pour un simple plaisir ou pour divertir les auditeurs et les lecteurs, mais je le fais plutôt en connaissant la force magique de la culture comme levier de développement. J’essaie donc de bien soigner, autant que je peux, ce que je dis, afin que mes écrits portent de la conscientisation et allument la lumière des esprits qui s’endorment.

– Combien de textes as-tu écrit jusqu’à présent et que comptes-tu faire de ces poésies ?

° Je n’arrive plus à compter mes textes. Mais avec tout ce que j’ai écrit avant 2014, j’ai à peu près deux cahiers de 100 pages pleins de textes, deux K7 et deux CD audio, trois petites vidéos. Bien sûr, ils étaient presque tous publiés à la radio de chez nous, car, depuis 2005, on m’a invité très souvent pour animer des émissions culturelles.

Actuellement, je les ai classés comme des souvenirs ou des archives. Ce ne sont que mes textes depuis 2015 que j’ai essayé de bien répertorier et de publier. Depuis 2016, j’ai posté quelques extraits de mes textes sous forme de lyrics ou de petites animations vidéos avec ma voix sur les réseaux sociaux. Je suis allé jusqu’à créer la page Facebook  Momo Jaomanonga-Zaman’i Jao  récemment. Si ce n’est pas tout le monde qui a la possibilité d’avoir un téléphone et une connexion adéquate, quand même, il y a des radios qui m’ont donné la main pour les diffuser, surtout dans la partie SAVA, Diana et Sofia.

Je viens de sortir mon livre tout en dialecte du Nord qui s’intitule Taratasin’i Zaman’i Jao (Lettres de Zaman’i Jao), édité en France. On y retrouve 20 lettres poétiques, regroupées en 76 pages, qui racontent la vie d’un clandestin appelé Zaman’i Jao. Il a risqué sa vie en voyageant avec un kwassakwassa pour gagner Mayotte. Pourtant, ce n’est pas toujours ce qu’on a désiré qu’on vit après. Donc, c’est Zaman’i Jao lui-même qui fait le témoignage.

Ces lettres parlent de la vie courante malgache, en la comparant à ce qu’on pense de la vie à l’étranger et à ce qu’il en est réellement. Ce livre est actuellement en vente sur quelques sites de vente en ligne. Et nous, moi et quelques amis qui m’ont aidé à l’éditer, cherchons les moyens pour que cela soit à la portée de mes compatriotes malgaches. On voudrait même faire des dons dans les bibliothèques publiques et dans les écoles. En parallèle, certains de mes écrits sont repris par d’autres artistes comme Akazizi et Rijade.

Bref, je n’écris pas pour moi seulement mais plutôt pour la société. Je véhicule toutes les idées et les messages que je juge utiles. Donc, je suis ouvert à toute collaboration. Nous savons tous que les artistes, surtout les poètes, de nos jours, semblent encore être des personnes qui s’adressent aux pierres. Moi, je dis : ne reculons jamais. Si, aujourd’hui, on ne perçoit pas ce que nous faisons comme utile, nos empreintes resteront surement. Et notre pays sera « Manonga », ce qui est notre rêve commun, sauf que les mots pour le désigner et les façons d’y arriver sont variés.