Littérature : 3 questions à Mialy Ravelomanana, Fondatrice de la Revio Tsara Soratra.

La littérature Malagasy a sa propre Revue. La Revio Tsara Soratra fait son apparition dans nos kiosques et bien déterminée de nous surprendre. Hajaina Andrianasolo, président de l’association Havatsa Upem évoque dans la préface de la Revio Tsara Soratra les multiples facettes de  cette revue. « Les textes se distingue par leur forme : il y a ceux qu’on a l’habitude de lire, ceux qui se démarquent des autres, et ceux qu’on juge étranges ». Une revue que Mialy Ravelomanana, fondatrice et redactrice en chef  de cette merveille de la littérature à Madagascar nous présente dans cet entrevue exclusive.

Culture261 * Pouvez-vous nous décrire la Revue Tsara Soratra?

Mialy Ravelomanana – La littérature écrite Malagasy est une des plus vieilles sur le continent. Devons-nous rappeler que la langue est écrite dès le treizième siècle. Des périodiques font leur apparition bien avant la colonisation française. On peut citer la revue “Teny Soa” publiée dès 1866. En 1949, Louis Rakotomalala disait que “Madagascar est le territoire dans l’Union française où en relation avec la population, on peut compter le plus grand nombre de journaux”.
L’ambition de la Revue Tsara Soratra est de reprendre le flambeau de nos aînés et de faire resplendir la littérature malagasy. La Revue a pour objectif de devenir la plateforme de référence pour les férus de littérature. Nous voulons aider nos lecteurs à trouver le prochain E.D. Andriamalala ou Clarisse Ratsifandrihamanana. Nous voulons promouvoir une littérature purement en malgache, que nous savons d’ores et déjà, riche et de qualité. Si beaucoup de sites existent sur l’internet pour publier des poèmes surtout, les fondateurs ont pris pour défi de créer un espace d’échange pour lecteurs et auteurs, où ils sont assurés de trouver des œuvres choisies, éditées et de qualité.

La revue a opté pour une présence en ligne et une parution bi annuelle sur papier. La première revue sur papier est disponible à l’espace Rarihasina. On peut également commander sur le site lulu.com.
Les auteurs sont variés : ils ont de 21 à 80 ans, ils habitent à Mahajanga, Miarinarivo, Paris, Londres, or Toronto, femme ou homme, certains sont des valeurs reconnues et déjà publiés ailleurs, d’autres, des jeunes qui n’attendent que les lecteurs pour les reconnaître à leur juste titre. Ils démontrent tous la profondeur et vitalité de la littérature malagasy. Ils écrivent des poèmes, des riankalo, des nouvelles, des essais. Ils ont pour dénominateur commun, outre la qualité de leurs ouvres, l’amour de la langue malagasy.

Nous visons le grand public malgache et avons adopté un prix relativement abordable, 7000 ariary, pour que le prix ne soit plus un prétexte pour ne pas lire. 7000 ariary, c’est l’équivalent de deux canettes de bières, avec 5 cigarettes ou bien aussi le prix de 8 Sambos.

* Pourquoi avez vous choisi de créer une revue entièrement en Malgache?

– Par amour de la langue Malagasy. Par souci d’inclusion. En fait, pourquoi devoir se justifier sur la création d’une revue en Malagasy par les Malagasy pour les Malagasy à Madagascar. Ne devrait-on pas aussi plutôt se demander pourquoi la plupart des revues ou périodiques vendus à Madagascar sont en français ?

Nous avons remarqué que la littérature malagasy d’expression française est déjà bien soignée, avec les maisons d’édition qui publient des auteurs de talent comme Ravaloson, ou Raharimanana, Rakotoson, Naivo, que nous n’avons plus besoin de présenter.

Nous voulons booster la littérature d’expression malagasy pour attirer le lecteur malagasy ou autre. Nous sommes convaincus que la langue malagasy mérite d’être promue et sauvegardée.

* Selon les études, les malgaches n’aiment pas la lecture. Quelle sera votre stratégie pour les attirer à lire cette revue?

– A quelles études faites vous référez-vous? Car à en juger par le nombre de sites web et pages facebook dédiés a l’écriture malagasy (poèmes), le Malagasy aime écrire! Le très dynamique groupe Sombin-tantara Malagasy sur Facebook par exemple a plus de 110 000 membres—presque la population d’Antsirabe. Tononkalo Malagasy en a 42000.

Je pense que le « Malagasy-qui-n’aime-pas-lire » n’ a simplement pas encore trouvé de livres à sa mesure. C’est pour ça que l’on dit souvent qu’il n’aime pas lire. Il est facile de blâmer le lecteur, lorsque la plupart des livres publiés (fiction surtout) semblent être destinés à une audience non malagasy, ou tout au moins destinés à une audience malagasy, initiée à la lecture par des moyens occidentaux, bien occidentalisée, voire élitiste. Une audience assez limitée.

La maison d’édition occidentale qui publie un livre écrit par un Malagasy pense-t-elle à un lectorat malagasy? Je pense que non. Lorsque je lis un livre publié à l’étranger, dans une langue étrangère, qui cependant se passe à Madagascar, où les protagonistes sont des compatriotes, je ne suis pas dans le même état d’ esprit, je n’ ai pas les mêmes réactions que si je lisais l’ histoire écrite en Malagasy. Je deviens “autre” : c’est comme si je me dématérialisais et m’observais en dehors de moi-même, oeil critique en sus, me demandant ce que le non-Malagasy, l’Occidental, imagine en lisant le texte, s’il comprend ce que c’ est que d’ être Malagasy, si la langue véhicule ces sentiments et réactions viscéralement malgaches, si difficiles parfois à traduire. Bref, bien souvent, je me reconnais dans le livre, mais pas complètement. Je ne parviens pas à suspendre complètement mon incrédulité, ou ce qu’on appelle en anglais “Suspension of disbelief”. Cela donne une expérience imparfaite du texte lu, car je suis autre. J’ai dû me masquer d’une autre identité pour lire cette histoire qui a priori me concerne. C’ est un masque que je jette en lisant une histoire écrite dans ma langue maternelle, puisque cette histoire m’ est clairement destinée, les contextes sont d’ores et déjà compris, entre moi et l’auteur, les règles du jeu bien définis. C’est comme dirait-on “une blague d’initiés”, qui dans une langue différente se perdrait en explications ou exoticismes.

La Revio Tsara Soratra se veut plus inclusive et vise le public, le grand public Malagasy en suivant les goûts littéraires des Malagasy. Elle propose à son lectorat certaines formes littéraires bien malagasy. “Riankalo”, par exemple, ou des hainteny ou même des tenin-jatovo, sur des thèmes, qui bien qu’universels, parlent particulièrement aux Malagasy par exemple, le transport en commun à Antananarivo et ses frustrations, comme magistralement décrit par Hemerson Andrianetrazafy dans une nouvelle publiée dans ce premier numéro, et dans une langue qui leur est abordable et vernaculaire.