Griotte : Son univers pictural relie Madagascar au reste de l’Océan Indien.

Griotte est une peintre, illustratrice et carnettiste. Son amour pour les couleurs et les formes remonte à son enfance mais ce n’est qu’en 2002 qu’elle se dévoile en exposant pour la première fois ses œuvres. À l’époque, elle habitait encore Majunga, la ville des fleurs à l’ouest de Madagascar, où sa famille s’est installée depuis plusieurs générations. Cette exposition a permis aux amateurs de découvrir ses talents.

Si, depuis 2013, elle s’est installée à La Réunion après un passage en France, ses œuvres montrent toujours cet ancrage à Madagascar.

Touchée par la beauté de ces œuvres,  Anny Grondin a décidé d’écrire un livre de contes en s’inspirant de des dessins et tableaux de Griotte. Le livre  pour enfant  Zanfan Zavavirano est sorti de chez l’éditeur Dodo Vole en septembre 2017. Ces histoires illustrées par les dessins de Griotte sont un pont, que les deux artistes ont construit, entre les deux îles de l’Océan Indien. Interview :

Tableau 1 de Griotte. Crédit : Griotte.

C261 : – En étant métisse et aussi nomade, vous vous identifiez vous-mêmes en tant que majungaise. Comment définissez-vous alors votre art ?

Griotte : * Déjà, la question de l’identité métisse est toujours compliquée. On a le sentiment de toujours avoir à donner une preuve de son appartenance de quel côté que ce soit.

Je suis effectivement très attachée a la région de Majunga. Ma famille vit là bas. Mes enfants y sont nés. Mon art, je ne le définis pas. Je le fais. C’est ma partie du travail. La définition, je la laisse à ceux qui ont besoin d’intellectualiser l’art et la création. Mais si je dois dire quelque chose à propos de son identité, ce serait qu’il correspond à ma culture qui, malgré ma couleur de peau, n’est pas une culture occidentale  mais la somme de tout ce qui me nourrit, de tout ce qui fait ce que je suis, qui je suis, soit une culture créole zanatany faite d’apports avant tout malagasy, créole, et aussi bien sûr des influences du monde.

– Quelle est la part de cette identité majungaise dans vos inspirations?

* Bien sûr, les gens de Majunga et du nord de Madagascar m’inspirent beaucoup, et sont des personnages qui reviennent souvent dans mon oeuvre, certainement car c’est la région qui m’a vue devenir adulte, et aussi car l’esthétique culturelle y est très marquée.

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Tableau 2. Crédit : Griotte.

– Avec quels matériaux et quel procédé sont faits vos tableaux?

* Acrylique sur toile, mais aussi aquarelle et gouache sur papier, et acrylique sur bois pour les cadres. J’ai choisi ces techniques car elles sont rapides et sèchent vite, et elles permettent des transparences très intéressantes. Mais je n’exclus pas de travailler d’autres techniques.

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Tableau 3. Crédit : Griotte.

– Récemment, vos dessins ont fait l’objet d’un livre pour enfant. Comment les enfants ont-ils reçu ces dessins?

* En général, les enfants se plongent dans mes tableaux qui sont truffés de petits détails. Mon neveu, qui a 3 ans, est mon plus grand fan. Il connait déjà mon style et reconnait mes travaux. Un jour, une dame est venue discuter avec moi pendant une exposition, avec son tout petit bébé. Il regardait tout et est resté en contemplation pendant les deux heures où sa maman et moi discutions. Les enfants sont très sensibles à l’art. Il faut les y plonger dès leur plus jeune âge.

Le livre Zanfan Zavavirano  éditions Dodo Vole a une suite : des contes dessinés avec l’auteur du texte Anny Grondin, qui conte, raconte en créole sur le thème de contes malagasy pendant que je produis une œuvre en live, nous envisageons de venir présenter le spectacle à Madagascar bientôt car il faut rendre à César ce qui est à César.

Un autre livre est en préparation, j’y ai illustré encore un conte, mais celui-ci est écrit par Jean Luc Raharimanana en malagasy et en français. Il sortira très bientôt aux Éditions Dodo Vole.

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Tableau 4. Crédit : Griotte.

Pour les expositions, je souffle un peu et j’attends de bonnes propositions. Être exposé à tout prix ne donne rien de bon. Je me recentre un peu sur mes recherches artistiques pour produire une nouvelle série dans l’année.

Depuis l’année dernière, je suis sollicitée ici à La Réunion pour intervenir sur des projets artistiques dans les écoles. C’est très intéressant et ça permet de faire découvrir aux enfants mon univers pictural qui est un pont entre Madagascar dont la culture est trop méconnue ici, et le reste de l’Océan Indien. Les enfants y sont très sensibles et il n’est pas rare d’avoir des élèves d’origine malagasy.

Site internet de l’artiste : www.griotte-art.com