« Seven » de Andriaina : un album hybride qui a du style

Le chanteur et musicien malgache Andriaina  n’avait que 21 ans à la sortie de son premier album intitulé « Seven » (55 mn) en août 2019 et pourtant il fait déjà preuve d’une remarquable maturité artistique en dépit de son jeune âge. L’opus composé de 13 chansons séduit par l’originalité de la composition musicale.

Les paroles sont recherchées, très bien écrites. Des qualités qu’on peut mettre sur le compte du talent d’auteur compositeur de Andriaina soutenu au niveau de la composition par le beatmaker et producteur The Niconni.

Andriaina a également fait appel à son ami parolier Marosoa Randriambololona qui l’a épaulé au niveau de l’écriture trilingue (en malgache, en français et en anglais). Que des collaborations efficaces donc qui ont abouti à la naissance de cet album aux sonorités hybrides mêlant divers genres musicaux (electronic dance music, world music, pop, neo-soul, jazz, etc.).

Retour sur les titres de cet album Seven.

« Seven » démarre sur « Tiako », une ballade sentimentale évoquant une relation amoureuse qui n’est pas encore vécue mais qui est déjà fantasmée comme le confirme ce passage : « Ao anatiko ao,  tsaroako sahady ireo fotoana tsara mbola tsy niainantsika roa » (« En mon for intérieur, je me souviens déjà des bons moments que nous n’avons pas encore partagés »).

« Tiako » a bénéficié d’un premier clip promotionnel réalisé par Luc Raharijaona et mis en ligne. Avec actuellement plus de 20 000 vues, il s’agit du titre phare de l’album sur le plan national.

La chanson suivante, « Iranja », est une autre ballade sentimentale. Elle est essentiellement écrite en anglais et comporte un bref passage en malgache : « Hoy ianao hoe isika roa dia toy ny masoandro amam-bolana ka tsy mba mety ho tafaray. Ka ny mety hoe  androany aloha dia mandrampihaona ary ny roa teo aloha miverina ho iray » (« Tu as dis que nous sommes incompatibles comme le soleil et la lune. Alors mieux vaut se dire au revoir et se séparer »)

« Iranja » parle du chagrin ressenti à la suite d’une rupture amoureuse. La romance ayant eu lieu à l’île de Nosy Be, des gazouillis d’oiseaux sont incorporés à travers la mélodie pour donner image à l’environnement tropical fait de plage, de forêt et de soleil. Une nature joyeuse renforçant par contraste la mélancolie du narrateur.

Toujours dans la même veine sentimentale, le titre « Rock guitar » est une vibrante déclaration d’amour aux sonorités blues.

La quatrième piste, « Rose de pluie », est une chanson rythmée écrite en français et qui opère comme un véritable kaléidoscope musical compte tenu du foisonnement et de la variété des sensations, des couleurs et des images que les paroles poétiques évoquent. Le morceau parle des perles de pluie sur les pétales d’une rose qu’un homme admire tout en pensant à la femme qu’il aime.

« Song for you » outre le fait qu’elle soit une autre ballade sentimentale de « Seven » étonne par l’originalité de ses drums obtenus d’après Andriaina à partir d’un paquet de mouchoir à jeter et d’une plaquette de médicaments. Un procédé de recherche musicale proche de ce que la chanteuse islandaise Björk a accompli avec le groupe de musique électronique Matmos dans son album « Vespertine » (2001).

Le titre suivant, « Malagasy dream », un équivalent malgache du rêve américain, est admirable par la noblesse de son message. Il s’agit d’un appel à la solidarité empreint de patriotisme au profit de la génération actuelle et future. À la fois écrite en anglais et en malgache, la chanson engagée est ponctuée par des riffs de guitare qui génèrent un constant plaisir auditif.

Fidèle à sa signification « Breeze » créé une atmosphère pleine de fraîcheur. Les crépitements de la guitare semblent mimer des gouttes de crachin portées par le vent. Nous sommes transportés dans les méandres de la pensée vagabonde du narrateur errant dans un paysage sombre et hivernal.

Le morceau suivant « Home » est une ballade sentimentale dans une ambiance cocooning. Ce qui renforce davantage son caractère intimiste.

 « Strangers » surprend par le thème qu’elle traite : la schizophrénie. Le narrateur entendant de nombreuses voix dans sa tête exprime la souffrance et la détresse engendrées par ces hallucinations vocales. Un travail particulier a été fait au niveau du mixage et par instant des effets proches du vocoder sont ajoutés sur la voix de Andriaina comme pour mieux exprimer le sentiment de folie.

« Seasons » est une pièce résolument pop qui nous plonge dans une ambiance clubbing. C’est d’ailleurs la chanson la plus entraînante de l’album. Textuellement, le morceau use des saisons comme pour exprimer de manière métaphorique les changements d’humeur de l’être aimé. Des variations qui ne sont pas prises au sens péjoratif, bien au contraire, elles renforcent l’amour que le narrateur ressent envers son partenaire.

« Fog » est un titre qui semble être écrit pour la scène. Le chanteur sur un podium embrumé invite le public à sortir tout ce qui est source de lumière (briquets, téléphones, etc.) pour qu’il puisse voir tout le parterre se défoncer avec lui au rythme endiablé de la musique électronique manœuvrée par The Niconni.

La chanson suivante « Ahy », entièrement écrite en malgache, est une des meilleures ballades sentimentales qui parlent d’amour à sens unique. Elle est comparable à « Farakely » de Dama (Mahaleo) tant au niveau de la qualité d’écriture qu’au niveau de la qualité de la composition.

L’album s’achève sur « Memories », un morceau assez entrainant, plein de nostalgie et de détermination. Le narrateur se remémore de tout le chemin difficile qu’il a parcouru dans sa vie pour en arriver là où il est. Il remercie les amis qui ont égayé son parcours et les invite à poursuivre avec lui les efforts accomplis pour que chacun brille et prospère dans son avenir respectif.

Pochette verso de l’album Seven de Andriaina.

Au final, « Seven » est un album hybride d’une étonnante gourmandise stylistique. La collaboration entre Andriaina, The Niconni et Marosoa Randriambololona s’est révélé efficace.

Par ailleurs, son cosmopolitisme linguistique abolit les frontières. L’opus est accessible tant à l’échelle nationale qu’à l’échelle internationale. Grâce à la brillante stratégie marketing du label Nudacy Records, « Seven » est actuellement écouté dans 69 pays via les plateformes d’écoute en ligne.

Avec « Seven » Andriaina signe un début très prometteur dans le monde musical. Désormais, il faudra compter sur lui.

Aina Randrianatoandro

Critique d’art