Carrière d’artiste : quel rôle joue le management artistique?

Le monde de l’art et de la culture traverse une crise sans précédent. Les mesures sanitaires contre le coronavirus obligent les lieux culturels et artistiques à fermer leur porte. Les artistes sont confinés chez eux. Ceux qui n’ont pas abandonné leur métier d’artiste survivent avec leurs maigres revenus. Ceux qui luttent malgré cette situation travaillent et forgent leurs talents et peaufinent leurs œuvres. Tous tentent tant bien que mal à se perfectionner dans son domaine de prédilection.

La situation actuelle oblige également les artistes à pousser leur limite et d’élargir leur champ de travail. L’artiste talentueux qui ne fait que son art devient obsolète. Les choses ont fait que les formations professionnelles en management de carrière artistique deviennent plus que nécessaire si on souhaite de nos jours « percer » dans le milieu artistique.

Selon Idah Razafindrakoto, dessinatrice malgache qui évolue actuellement au Cameroun et qui est souvent appelée à partager ses expériences partout en Afrique ; « L’obligation d’une formation professionnelle est nécessaire, c’est un plus. La majorité des artistes sont autodidactes. L’Afrique manque énormément d’institutions de formation, publiques ou privées, en arts et il n’existe quasiment pas de centres de formation en management de l’art. Ces formations sont également chères. Elles ne sont pas à la portée des artistes modestes ou débutants. Nombreux sont ceux qui apprennent sur le tas ou bien à partir des échanges informelles et officieuses ; entre artistes, sur internet, par documentation par exemple. »

Sous d’autres cieux, les artistes ne ménagent pas d’efforts pour diversifier leurs « offres ». Les grandes stars de la musique ont par exemple leurs « produits dérivés » comprenant des parfums ou des marques de vêtements déposées à leur nom. Ou, à l’instar de l’artiste plasticien Joël Andrianomearisoa, il faut savoir profiter des succès tels qu’il a eu aux Biennale de Venise pour attirer l’attention des grandes marques comme Dior pour développer leurs produits.

Avoir le talent ne suffit plus donc. Désormais, pour exercer son art, l’artiste doit embrasser le rôle de manager, directeur marketing, community manager, du moins avoir un regard sur ces domaines.

Maho Fanahimanana, artiste peintre malgache, étudiante à l’École des Beaux-Arts de Dakar, au Sénégal confirme cette hypothèse. « L’artiste peut être entouré par des techniciens, mais il faut aussi qu’il puisse être indépendant parce que ce sont sa sensibilité et son intuition qui doivent guider son travail et sa carrière. »

La tendance est effectivement d’être engagé dans une carrière indépendante, mais pour Idah, « avoir une équipe managériale autour de soi est toujours important car c’est un tremplin pour lancer une carrière. Une équipe est surtout faite pour vous fournir un accompagnement. Mais il faut fixer des limites. Le monde des arts est devenu de plus en plus compétitifs et un manager peut facilement trop exploiter l’artiste à outrance pour obtenir un maxi-bénéfice sur lui. »

Le show business aussi bien que le marché de l’art évoluent très rapidement, grâce entre autres au développement des nouvelles technologies de la communication. Les collectionneurs, investisseurs et entreprises privées s’emparent plus d’œuvres d’art, en concurrence des gouvernements qui occupent de plus en plus de terrain dans la grande cours du marché d’arts. Tout cela au grand bénéfice des artistes qui savent profiter de cet élan d’intérêt et qui comprennent le mécanisme qui l’anime.

Pour pouvoir en tirer profit, l’artiste a donc besoin, en plus de son talent, d’un minimum de compétence managériale sans pour autant produire pour un système qui lui n’a qu’un seul souci : le marché. L’un n’empêche pas en tout cas l’autre.