BD| Trafika : explosions, répliques savoureuses, dénonciation sociale

Scénariste, grand amateur de fiction à l’américaine, on le découvrait en tant que co-auteur de Ary aux côtés de Catmouse. Cette fois-ci, il revient avec son 4e livre qu’il signe en tant que co-scenarise avec le déssinateur Rafally. Rolling Pen nous parle de Trafika, sortie en septembre chez Des bulles dans l’Océan.

La couverture de la BD Trafika, de Rolling Pen et Rafally.
De quoi parle cette BD ?

Trafika parle d’une sacoche dont on ne connait pas le contenu. Les différents personnages vont se l’arracher et n’hésiteront pas à tuer pour avoir la fameuse sacoche. 

Quelle est la part du réel et celle de la fiction dans l’histoire ?

Trafika est une histoire originale de Rafally. Après qu’il ait lu Ary, il m’a demandé de jouer le script-doctor et de co-scénariser l’album. Son histoire était déjà très avancée mais il m’a demandé de la rendre plus hollywoodienne, plus moderne, plus fluide et dynamique pour qu’elle puisse être lue et universellement comprise pour des lecteurs qui ne connaissent pas forcément Madagascar, Je ne saurais pas dire un ratio exact de réel et de fiction dans Trafika mais je peux dire que les situations décrites dans la BD sont pour la plupart inspirées de situations crédibles même si largement exagérées. 

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Comme on a 2 personnages majeurs dans l’histoire, comment se sont construits leurs traits personnels ?

Comme il nous fallait une histoire très directe, sans nous encombrer d’un background pour certains personnages, nous avons directement tranché dans le vif en nous mettant d’accord sur un seul point commun entre Gabriel et Ikala : ils veulent survivre et ils font tout pour le faire, que ce soit dans la vie quotidienne ou quand l’action vient pointer le bout de son nez.

Une fois cette quête très simple trouvée, les personnages se sont construits tous seuls. Surtout que pour contre-balancer la simplicité de leur background, il nous fallait trouver une astuce pour que les lecteurs s’accrochent à un élément tangible mais qui donne envie de creuser. Et c’est là que la sacoche intervient.

Cette astuce du MacGuffin, comme on dit, est un truc narratif qui prend la plupart du temps la forme d’un objet. Personne ne sait ce qu’il y a dedans, surtout pas le lecteur, mais on sait que c’est important puisque toute l’intrigue tourne autour de cet objet puisque dans la version originale, le contenu de la sacoche était dévoilé très tôt.

Faire un polar n’est pas toujours évident pour les auteurs du Sud ? Qu’est-ce qui vous a motivé à passer le cap ?

Quand Rafally m’a parlé de son histoire, je n’ai pas tout de suite pensé à un polar au sens strict du terme avec ses codes. J’ai plutôt pensé à Tarantino et aux frères Coen avec leur ambiance urbaine très présente mais aussi cette touche de western moderne et les répliques savoureuses. Et comme je savais que les dessinateurs de BD malgaches avaient un talent fou pour dessiner de l’action, nous avons fait le choix d’y aller franchement. Un, une intrigue très simple en apparence, un peu racoleur comme programme, mais c’est totalement assumé.

La plus grande difficulté mais aussi la force de cette collaboration je pense était le fait qu’aucun de nous n’avaient un réel contrôle total sur quelque chose. Rafally me donnait carte blanche pour « charcuter » son histoire originale, je devais aussi accepter le fait que certains éléments de l’intrigue devaient rester en l’état même. Mais l’essentiel est que nous avions une ligne directrice claire et une idée de l’ambiance qu’on voulait donner à l’album.

Et c’est là que nous avons fait appel à Stephan Pelayo qui a mis en couleurs l’album, de manière très surprenante. Il a d’ailleurs aussi fait la couverture, en reprenant une idée de Rafally. Quand Stephan s’est joint à l’aventure, j’avais juste une référence visuelle en tête: le film No Country For Old Men Men (Ethan Coen – Joel Coen, 2017). Stephan a directement compris où je voulais en venir et il a ensuite rajouté une touche personnelle très 80s dans certaines scènes, mais le travail qu’il a fourni est d’une cohérence rare avec par exemple, des scènes qui rappellent une histoire d’horreur ou des sitcoms médicales. 

Comme c’est la première fois que tu travailles avec Rafally, comment s’est fait le mariage entre vos styles ?

Et c’est aussi le premier album que je co-scénarise et dans lequel j’ai moins de contrôle. Chaque album est le fruit d’une collaboration à tous les niveaux mais sur Ary, par exemple, j’avais une sorte de contrôle sur l’histoire puisque même si Catmouse me suggérait certaines choses, j’avais le choix de les intégrer ou pas, idem pour son côté dessin sur lequel elle avait le dernier mot. Mais sur Trafika, l’exercice d’humilité est encore plus grand puisque la situation est autre : Rafally avait une histoire qu’il me demandait de co-scénariser, je rajoutais des éléments à l’histoire, j’en enlevais, Une fois le livre arrivé sur les bancs du coloriste Stephan, il changeait quelques dialogues parce qu’il trouvait que certaines répliques avaient plus de force. Rafally trouvait une idée de couverture que Stephan réalisait et ainsi de suite.

C’était un projet atypique mais je l’ai accepté parce que c’était l’occasion pour moi d’écrire quelque chose de très différent de Ary. Dans Trafika, tout est direct, tout est rythmé et l’essentiel est évident. Mais j’y ai aussi vu une certaine dénonciation sociale, déjà présente dans Ary.

C’est surtout cela qui m’a poussé à collaborer dans Trafika, en plus du fait que Rafally soit un dessinateur formidable. Ajouté à cela la touche aux couleurs de Stephan, c’était un projet que je ne pouvais pas refuser. Un grand merci à eux pour m’avoir invité à leur table puisqu’ils sont déjà de très grands noms. 

Quand est ce que le public malgache aura le plaisir d’avoir le livre entre leurs mains ? 

Il est sorti en septembre en Europe et il sera disponible à Madagascar avant la fin de l’année avec une présentation officielle.