Mois de juin : mois de la valorisation de la langue malgache

Le mois de juin, c’est le mois de la langue malgache, un concept qu’un certain Henri Rahaingoson, connu sous son nom de plume « Di », a créé de son vivant, et qui demeure même deux ans après sa disparition en 2016. Pour ce mois de juin 2018 donc, cette langue nationale, parlée jusqu’au-delà des frontières, sera à l’honneur.

La langue malgache, une langue vivante :

Si la tendance communicationnelle utilise le mot « valorisation » de la langue malgache, c’est justement pour exprimer sa vivacité et son perpétuel enrichissement. Diachroniquement, comme toutes langues vivantes, le malgache, qui a pour origine la langue malayo-polynésienne, croisée avec l’arabe, brassée avec différentes couches africaines, est lexicalement en mutation permanente. Cette base, qui forme un ensemble mélangé, est aussi une énigme qui ne cesse de se dévoiler.

En fait, bien que les malgaches soient plutôt conservateurs sur le plan grammatical, cette langue connait une large évolution sur le champ sémantique. Des mots se créent et se découvrent suivant la mutation de la société malgache, selon l’événement qui touche cette société mais aussi suivant ses besoins. La structure reste donc invariable, surtout à l’écrit.

En revanche, cette langue connait des variantes suivant les régions. Elle bénéficie d’une belle diversité dans le débit, dans la prononciation et dans l’intonation. Elle reste pourtant compréhensible partout dans la grande île, avec quelques lexiques propres à chaque région ou à chaque activité. La plus grande différence réside surtout entre l’oral et l’écrit.

Ceci s’explique par le fait que l’écriture actuelle de la langue malgache n’est née que vers le XIXe siècle. Avant la fixation par décret émis par le roi Radama Ier pour que la langue malgache soit écrite en alphabet latin, certaines régions côtières écrivaient déjà cette langue avec un alphabet hérité de l’Arabe : le Sorabe. Si on rencontre ainsi des difficultés dans l’écriture de cette langue, c’est essentiellement parce qu’elle est avant tout une langue parlée. 

En malgache parlé donc, la diphtongue ao à l’écrit tend à se prononcer comme un simple ô. Le i se trouvant à la fin de chaque mot s’écrit toujours y. Le e ne prend jamais d’accent et prononcé é .  Par contre, le o se prononce comme le ou français. On retrouve néanmoins  dans le nord et dans l’ouest de l’île qu’elle reste ô dans sa prononciation.

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Comme l’oralité est omniprésente dans la culture malgache, ces variantes sont naturellement pratiquées au quotidien. On parle souvent du kabary, du sokela…

Cette langue se régénère aussi et tente de se mettre à niveau par rapport aux besoins actuels de la mondialisation. Ainsi, chaque jour, des mots qui ont été oubliés ou des mots nouveaux font leur apparition. Récemment donc, pour repondre à la demande de traduction de « Education inclusive« , le ministère de l’éducation nationale a adopté le terme « Fampianarana miaty« . En effet, chaque mot de la langue malgache comme toute langue du monde est formé autour d’un radical. pour cette traduction donc, le radical est aty .

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Langue malgache, une langue des arts.

Cette langue parlée a une musicalité. On parle non seulement de l’accent mais aussi de sa locution. En plus de cette qualité avantageuse pour des artistes chanteurs, orateurs et conteurs, le malgache dispose d’un vocabulaire très riche pour exprimer avec précision les choses abstraites. Dans la littérature, le malgache est aussi très maniable. En effet, comme l’alphabet moderne malgache ne comporte que 21 lettres, la construction des mots est plus facile, si on respecte certaines règles d’orthographe. La difficulté réside dans l’inexistence de règles précises concernant quelques consonances. Certains sons que le malgache admet à l’oral ne peuvent pas être transcrits, ou restent à définir à l’écrit. C’est le cas, par exemple, de la prononciation nasale du « gn » qu’on retrouve dans Taolagnaro.

Cette diversité constitue une richesse pour la langue malgache, une langue qui s’ouvre aussi à d’autres langues. L’art, dans son ensemble, participe à l’enracinement et à la l’émancipation du malgache. Ces dernières années, la littérature malgache s’enrichit de plusieurs ouvrages écrits en malgache tels que le roman Lisy Mianjoria de Mossieur Njô  (2016, éd Tsara Soratra) qui a su démontrer cette richesse linguistique. Tout le long de ce mois de juin donc, la valorisation de cette langue malgache qui fait partie de notre patrimoine  sera observée dans plusieurs institutions culturelles et académiques.

En parallèle, diverses organisations profiteront également de cet élan pour observer d’autres thématiques autour de la valorisation de notre patrimoine culturel matériel ou immatériel, à l’exemple de l’Is’Art Galerie qui consacrera plusieurs conférences et ateliers ce mois de juin.