Les salles de Cinéma à Madagascar : un secteur en quête de développement

2018 a été l’année de la renaissance des salles de cinéma à Antananarivo. Une pierre blanche à marquer dans l’histoire du 7e art de Madagascar après plus d’une vingtaine d’années de vide.

L’initiative des opérateurs privés fut le moteur de ce réveil du cinéma en salle à Madagascar. Des initiatives qui sont motivées non seulement par la manne économique que représente une salle de cinéma dans un pays très ancré dans la culture de l’image, mais aussi par la volonté d’offrir à un public malgache l’expérience alliant loisir et  culture qu’est le cinéma.

Leur programmation étant  majoritairement orientée vers la projection de film block busters américains, certaines grosses productions bolywoodiennes et nollywoodiennes prouvent ainsi cette course vers le consumérisme. Ainsi, les malgaches ont vu la sortie d’Avengers, Superman NG aussi bien que Black panters. Les cinéphiles malgaches étaient, depuis, en phase avec les sorties en salle en Europe, et même aux Etats-Unis. Mais aussi avec un tarif des places avoisinant ceux des salles en Europe, ce plaisir n’étant pas donné à tout le monde.

Autres horizons

La concurrence entre les opérateurs a permis la  diversification des offres. Surfant sur cette vague, l’un des acteurs de la culture à Madagascar s’est aussi mis à la projection des films à gros budget ; l’IF de Madagascar. Le changement au sein de l’équipe dirigeante de cet institut a forcément influencé cette orientation cinéphile. Certes, la salle Albert Camus, la seule salle qui a résisté aux vagues d’accaparements menés par les institutions évangéliques, a toujours été ouverte aux projections, mais la différence est surtout dans la programmation.

Pour rappel, comme tout institut français partout dans le monde, l’IFM est avant tout un moyen de propagation de la culture française dans son pays hôte. A part les films américains donc, on y a surtout pu visionner le meilleur du cinéma français. Exceptionnellement, l’IFM a aussi ouvert ses portes au cinéma africain et malgache.A

Malgré toute cette effervescence, en effet, ces films ont eu du mal à trouver un écran pour s’exposer. En dehors du festival Rencontre des films courts de Madagascar, rares sont les occasions de voir des films réalisés par des talents africains et malgaches dans ces salles nouvellement ouvertes.

Internet, une ouverture

Les grands consommateurs malgaches de films n’ont pas échappé à l’avènement de Netflix. Malgré le faible accès à internet dans le pays, les abonnements aux plateformes de streaming défient tous les  pronostics. D’autant plus que les frais d’abonnement sont plus ou moins abordables, vu la qualité de l’offre. Pour certains, l’option internet est aussi culturelle et une question de goût, voire un conflit générationnel. Le gap entre ceux qui préfèrent les salles sombres et ceux qui préfèrent rester pépères chez eux devant un bon film est d’ailleurs flagrant entre les cinéphiles dans le monde.

La nouveauté vient pourtant d’une plateforme numérique indiano-océanique : OI Films. L’offre y est exclusivement issue des réalisations dans le bassin. Des films d’exception et rares y sont consultables, le tout avec un abonnement largement abordable. Malheureusement, le catalogue est encore fin. Mais cela n’empêche pas les amateurs de s’y aventurer, le temps d’une découverte culturelle.

Malgré toutes ces initiatives, la distribution aussi bien que la culture cinématographique malgache peine à décoller. Les acteurs du secteur attendent ainsi du pouvoir public un soutien effectif pour que le secteur puisse devenir un levier culturel et économique pour le pays.