[Interview] Mun : « Avec l’arrivée des IA, l’éthique doit primer »

Dall-E, Stable Diffusion, Midjourney, Imagen … Ils font parler d’eux dans le milieu artistique et culturel depuis leur naissance. Ce sont des « matrices d’intelligence artificielle » qui se prétendent pouvoir créer des œuvres d’art identique, et même plus que les artistes. Ces robots informatiques sont entrainés par des ingénieurs et programmeurs pour qu’ils arrivent à comprendre le monde et générer des œuvres selon leur interprétation. Face à ces prouesses technologiques, les artistes réagissent.

Nous avons alors demandé à Mun, une illustratrice et graphic designer malgache son avis sur ces nouveaux acteurs dans le milieu de la création.

Est-ce que tu peux te présenter brièvement, et nous dire comment tu es entrée dans le milieu de l’art visuel et du design ?

Je suis Mun, une Illustratrice et Graphic designer autodidacte de Madagascar. J’ai toujours aimé dessiner. D’aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours gribouillé des dessins sur mes cahiers pendant les cours à l’école. J’ai débuté au crayon comme la plupart des gens, puis j’ai exploré d’autres médiums comme l’aquarelle et la gouache. J’ai ensuite découvert le dessin digital, s’en suivi le Graphic Design, depuis, j’explore plusieurs autres domaines comme l’UX/UI Design.

On découvre dernièrement l’émergence de l’intelligence artificielle dans le monde de la création. Peut-on dire que ce n’est qu’un phénomène de mode ou est-ce une vraie révolution ?

Je pense qu’on peut parler d’une évolution et pas d’une révolution. Certes, l’arrivée de l’IA dans le monde de la création visuelle chamboule cet écosystème, mais c’est le cas pour n’importe quel autre événement. Imaginez par exemple que tous les logiciels de création soient désormais en open source. Cela aura son impact énorme sur notre manière de créer mais non sur les mouvements artistiques.

Beaucoup d’artiste voient l’arrivée de l’IA comme une menace. est-ce que tu partages cette avis  et comment devrions-nous l’adopter ?

L’IA est pour moi un outil comme un autre. L’IA en soi n’est donc pas diabolique, tout dépend de comment on s’en sert.

Mais quand je vois que des développeurs d’IA ont nourri leur bébé avec des centaines d’œuvres d’artistes sans leur consentement ni compensation, évidemment que je suis révoltée, c’est pratiquement du vol. Ça n’enlève en rien le fait que l’outil en soit est impressionnant et peut être bénéfique pour beaucoup d’artistes.

Les usurpateurs d’art et les voleurs ont toujours existé, les gens qui utilisent impunément l’art des autres sans les créditer, ni les compenser, ce n’est pas nouveau.  La forme du problème peut changer mais le fond reste le même.

Je ne pense pas que le débat soit d’ordre technologique, mais plutôt éthique. Il serait bête et impossible à mon avis d’essayer de freiner l’évolution technologique, il faut revoir les bases sur l’humain, la décence, le respect de la propriété intellectuelle, l’éthique.

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En tant que designer malgache, quels seraient pour toi les meilleurs investissements à faire pour mieux appréhender cette course vers les nouvelles formes de création ?

Je dirais que c’est important d’essayer de rester au courant des nouvelles pratiques car le design évolue avec le monde, et d’essayer en même temps de rester authentique et de faire ce qu’on aime car c’est important de profiter de ce que notre talent et la vie nous offrent.

Trouvez votre propre équilibre et faîtes comme bon vous semble. « Haters are always gonna hate anyway“ résume un peu ma philosophie dans ce cas précis.

Je préfère rester discrète sur mes projets, mais s’il y a une chose dont je souhaiterais, c’est de me faire un maximum d’argent cette année (rire).

Mais plus sérieusement, je préfère garder mes projets personnels pour l’instant. Je les sortirai petit à petit sur ma page quand l’envie me prend. Disons juste que j’espère pouvoir profiter de cette nouvelle année pour enrichir ma vie d’artiste, ça serait déjà pas mal.